Alors qu’il menait campagne dans son fief électoral de Niafunke, au nord du Mali, pour les législatives du dimanche 29 mars, Soumaïla Cissé a disparu mercredi 25 mars. Jamais personnalité politique d’une telle envergure n’avait été kidnappée dans le pays. La piste des djihadistes est privilégiée. Pourtant, une source proche des renseignements accuse des mercenaires armés originaires du Burkina-Faso et de la Côte d'Ivoire d'avoir procédé à son enlèvement. Ce lundi 3 août 2020, consacre le 132ème jour de sa disparition. Retour sur les faits.

Élection 2023 : un premier plan consistait-il à éliminer Soumaïla Cissé, opposant principal d'IBK ?

Mali : une démocratie en souffrance

Alors qu’il menait campagne dans son fief électoral de Niafunke, au nord du Mali, pour les législatives du dimanche 29 mars, Soumaïla Cissé a disparu mercredi 25 mars. Jamais personnalité politique d’une telle envergure n’avait été kidnappée dans le pays. La piste des djihadistes est privilégiée. Pourtant, une source proche des renseignements accuse des mercenaires armés originaires du Burkina-Faso et de la Côte d'Ivoire d'avoir procédé à son enlèvement. Ce lundi 3 août 2020, consacre le 132ème jour de sa disparition. Retour sur les faits.

Une première stratégie consistait-elle à éliminer Soumaïla Cissé, principal opposant d'IBK ? Une autre stratégie a t-elle pour visée de le laisser pour mort pour lui permettre à l'approche des élections d'effectuer un retour triomphant ? Tant de théories complotistes qui pour l'heure n'ont aucun fondement. Personne ne sait si l'homme est vivant ou mort. 

Joint par téléphone par 54 ÉTATS, un proche de Moussa Diawara, (chef des renseignements du Mali), affirme que la disparition de Soumaïla Cissé est l'oeuvre de mercenaires payés par quatre hommes proches du pouvoir.

Pour rappel, le kidnapping de Soumaïla Cisse s'est déroulé dans une région où depuis 2012, les groupes djihadistes sévissent.

54 ÉTATS : Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer que ce kidnapping n'est pas l'oeuvre des djihadistes ? 

Monsieur X : Je vous confirme à 110% que Soumaïla Cissé est mort et que les autorités le savent.

54 ÉTATS : Si c'est avéré, quelles sont les raisons de son kidnapping et de cette mort supposée ? 

Monsieur X : 

Soumaïla Cissé, leader de l’Union pour la république et la démocratie (URD) incarne une opposition trop forte face au jeune député inexpérimenté Karim Keïta, candidat à l'élection présidentielle de 2023

54 ÉTATS : Ces accusations sont très graves. Quelles sont vos preuves ?

Monsieur X : Vous me connaissez, je ne parle jamais sans connaissance de cause. Je peux même vous dire qui sont les quatre commanditaires de ce kidnapping. Le député Karim Keita, Moussa Diawara, le chef des renseignements, Moussa Timbine, nouveau président de l'Assemblée nationale et l'opérateur économique Adia Yanadou.

La disparition du chef de l'opposition constitue une destabilisation supplémentaire dans un contexte malien déjà en proie aux crises multiformes. 

Candidat originaire du cercle de Goundam, Soumaïla Cissé, 70 ans, y était en campagne pour les élections législatives du 29 mars dernier. 

Cercle de Goudam

 

Mercredi 25 mars 2020, "La délégation de Soumaïla Cissé, composée de 12 personnes dans deux véhicules, a été attaquée entre Saraféré et Kouramayera, deux localités distantes de 20 kilomètres", expliquait Me Demba Traoré, le porte-parole du parti du principal opposant malien.

Depuis cette date, aucune revendication et aucune piste conduisant à Soumaïla Cissé n’ont été officiellement dévoilées à l’opinion publique.

Le jeudi 26 mars, l’enlèvement a été confirmé par les autorités maliennes alors que quatre membres de la délégation ont été libérés. "Ils avaient avec eux la dépouille du garde du corps de Soumaïla Cissé qui, touché lors de l’attaque, a rendu l’âme dans la nuit. Parmi ces militants libérés, toujours selon Me Demba Traoré, deux autres touchés par balles." Le 31 mars, le président Ibrahim Boubacar Keita a créé à son tour une cellule de crise dirigée par l’ancien premier ministre Ousmane Issoufi Maiga pour négocier la libération de la deuxième personnalité politique du pays.

Un silence qui laisse place aux pires suppositions.

Certains affirment que derrière ce coup monté se cache en réalité une relation forte et de longue date entre IBK et Soumaila Cissé, deux amis que seulement la politique oppose. La disparition de Soumaïla Cissé ne serait en réalité qu'une stratégie macabre pour préparer les élections de 2023 et hisser, contre toute attente Soumaïla Cissé à la tête de l'État. Rappelons qu'à l'époque où ce Koroboro était directeur général de la CMDT, une entreprise leader dans le coton au Mali,  ses détournements d'argent ont été ettouffés puis couverts par IBK, une sacré preuve d'amitié.

Soumaïla Cissé, vivant ou mort ?

Soumaila Cisse

 

Sekou Niame Bathily, membre du Rassemblement pour le Mali (RPM), le parti au pouvoir fait savoir que des négociations sont en cours : "L’État quand même travaille beaucoup sur la question. Nous voulons rassurer nos amis, nos concitoyens qu’en de pareilles circonstances, il n’est pas demandé de faire beaucoup de bruit, il n’est pas demandé de faire des tapages lorsqu’on négocie la libération d’une telle personnalité. C’est vrai que le silence est là. Le silence est une démarche de la négociation."

Depuis un mois, des sit-in aux points stratégiques de la capitale et dans le cercle de Kati (à 15 kilomètres de Bamako) ont eu lieu pour exiger la libération de Soumaïla Cissé.

Plusieurs fois ministre et candidat à la présidentielle, ce mastodonte de la politique ouest-africaine est arrivé deuxième en 2018 face au président Ibrahim Boucacar Keïta. "Un obstacle de poids dans la course à la présidentielle de 2023 du député et candidat Karim Keïta" affirme Monsieur X, avant d'ajouter :

Karim Keita

"Aujourd'hui, compte tenu de sa récente démission auprès de la commission de défense pour outrage à la population, son ambition présidentielle a du plomb dans l'aile et le plan initial qui consistait-il à éliminer Soumaïla Cissé n'a plus aucune valeur".

Un obstacle de poids dans la course à la présidentielle de 2023 du député et candidat Karim Keïta

Les ambitions du député Karim Keïta

Conseiller de son père, Karim Keïta alias "Kathio" gère sa campagne présidentielle en 2007, notamment en organisant des comités de soutien à Bamako. Ce n’est que lorsque le Mali s’embrase en 2012 que Karim Keïta alors âgé de 32 ans fait ses premiers pas en politique et qu'il développe son réseau en France. Après la chute du régime d’Amadou Toumani Touré (ATT), les événements s’accélèrent. Des élections sont prévues en juillet 2013 et la France choisit son candidat, IBK. 

Aujourd'hui, le pays déjà en proie au jihadisme, aux violences intercommunautaires et à toute une série de défis majeurs sombre lamentablement. L’inaction des autorités maliennes et des casques bleus déployés dans le pays depuis des années choque. Après les 157 morts d’Ogossagou [le 23 mars 2019], calcinés dans leurs cases ou égorgés de sang-froid, le Mali dégringole. Et soixante-dix-huit jours après, dans la même région du centre du Mali, la scène macabre se répète à Sobame Da.

Plus d'un an après, la capitale s'embrase. Le président malien dissout la Cour constitutionnelle en juillet et assure que "Soumaïla est sain et sauf"  mais quelles sont les preuves qu'il est en vie ?

D'après nos correspondants 54 ÉTATS sur place, et malgré une crise sanitaire liée au Covid-19, des manifestations sont prévues ce lundi 3 août à Bamako pour réclamer le départ d'IBK.

Les manifestants ont mis des barricades pour bloquer la circulation sur le pont des Martyrs de Bamako le 11 juillet 2020. (Photo MICHELE CATTANI / AFP)

 

En espérant pour ce Mali affaiblit et à la démocratie en souffrance, que ce ne soit pas de la même ampleur que les protestations du mois de juillet conduites par l'imam Dicko et par la coalition M5-RFP. "Je pense qu'on peut trouver une solution sans qu'on aille jusqu'à la démission du président. En dehors de sa démission, il y a beaucoup de choses qui peuvent se faire" déclarait le prédicateur lors d'une interview avec Reuters fin juillet. Cela, contrairement à la coalition M5-RFP qui insiste sur le départ du chef de l'État malgré les nombreuses concessions faites par ce dernier.

L'imam Mahmoud Dicko lors d'un entretien avec Reuters à son domicile, à Bamako, au Mali, le 29 juillet 2020. (Photo REUTERS/Matthieu Rosier)

 

 

 

 

 

 

 

Je pense qu'on peut trouver une solution sans qu'on aille jusqu'à la démission du président. En dehors de sa démission, il y a beaucoup de choses qui peuvent se faire

La CEDEAO avait donné à toutes les parties jusqu'à vendredi dernier pour appliquer ses recommandations, y compris la démission de 31 membres du parlement dont l'élection est contestée. Jusqu'ici ces derniers refusent de démissionner et pourraient faire l'objet de sanctions.

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction