Le 9 janvier dernier, le président Ismaïl Omar Guelleh a été officiellement investi par les militants de son parti, le Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP). Le président sortant est donc candidat à sa propre succession.

Djibouti est un pays stable et sécurisé, qui prône le dialogue

Djibouti : entretien avec Alexis Mohamed, Conseiller du président de la République de Djibouti

Le 9 janvier dernier, le président Ismaïl Omar Guelleh a été officiellement investi par les militants de son parti, le Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP). Le président sortant est donc candidat à sa propre succession.

IOG

Âgé de 73 ans dont 21 au pouvoir, le président djiboutien a annoncé fin décembre sa candidature pour un cinquième mandat consécutif. Cette investiture devrait donner le coup d'envoi officiel de la campagne présidentielle pour le scrutin, fixée au 9 avril prochain. Rencontre avec Alexis Mohamed, Conseiller spécial du Président de la République de Djibouti pour faire le point sur les enjeux de la présidentielle de 2021, le dialogue avec l’opposition, la situation sécuritaire dans région.

Alexis Mohamed

 

54 ÉTATS : Alexis Mohamed, aucun autre candidat ne s'est pour le moment déclaré contre le président sortant. En 2016, Ismaïl Omar Guelleh (IOG) s'était imposé dès le premier tour avec près de 87 % des suffrages exprimés, contre le représentant de la coalition d'opposition : Union pour le salut national (USN) qui n'avait obtenu que 7,3 % des voix. Y a t-il un vrai dialogue, une véritable ouverture avec l’opposition ?

Alexis Mohamed : C'est facilement démontrable. Il suffit d'observer les partis de l'opposition au sein de l'Asssemblée nationale. C'est un progrès sur le plan politique, c'est une volonté du chef de l'État et ce n'est pas nouveau. 

Il y a un an, le président IOG avait pris l'initiative d'appeler l'ensemble de l'opposition à un dialogue national. L'ouverture avec l'opposition a toujours été là et le respect de la Constitution aussi. Les choses avancent.

C'est à l'opposition de se prendre en charge et d'initier les actions politiques qui s'imposent dans le cadre de leur projet politique.

54 ÉTATS : L’intégralité de l’opposition est-elle représentée à l’Assemblée nationale ?

Alexis Mohamed : Ce n'est pas une obligation qu'elle soit représentée. Il y a les suffrages sur le plan municipal et sur le plan législatif. Les partis politiques légaux qui ont participé au suffrage des élections et qui ont gagné sont aujourd'hui représentés. Ce n'est pas le chef de l'Etat qui fait le choix de qui siège à l'Assemblée nationale ou pas.

Ce n'est pas le chef de l'État qui fait le choix de qui à le droit ou pas de siéger à l'Assemblée nationale

Le jeu politique se déroule de la façon la plus ouverte possible en respectant les règles démocratiques de ce pays.

54 ÉTATS : Très honnêtement, que pense l’opinion publique du mandat du chef de l’État ? Comment les djiboutiens jugent les progrès sur les problématiques de l’Éducation, de l’emploi (11% de la population active est au chômage), de la santé, du logement et surtout sur La gestion de la crise sanitaire liée à la Covid-19 ?

Alexis Mohamed : En ce qui concerne la gestion de la crise sanitaire, la République de Djibouti a, dès la déclaration de la pandémie par l'OMS, pris les initiatives qui s'imposaient sur le plan sanitaire.

Djibouti a procédé à la fermeture des frontières, notamment pour protéger nos concitoyens et les étrangers présents sur le territoire national.

Concernant le mandat du président IOG, son bilan économique et social, il n'y a plus rien à démontrer sur l'ensemble des efforts qui ont été consentis. Les réformes économiques et sociales continuent.

54 ÉTATS : Où en sont les réformes économiques ?

Alexis Mohamed : Djibouti s'est engagé sur le plan économique avec la volonté de faire de la République de Djibouti un hub régional.

Le président IOG avec des partenaires, a su mettre en oeuvre des projets pharaoniques, notamment le développement des zones portuaires multiples, des projets ferroviaires et également le projet du nouvel aéroport international.

Les infrastructures de base et de nouvelles inscrites dans le cadre du développement économique sont à présent existantes, pour que les générations futures en profitent.

54 ÉTATS : Sur quels défis majeurs Djibouti va devoir avancer ?

Alexis Mohamed : Dans la vie politique, tout est une question de défis. Une mutation s'opère due à la crise sanitaire. On ne peut plus avoir de prévision sur le long terme.

Les défis sont toujours là, sur le plan social, économique, éducatif, etc. Il y a un ensemble d'efforts entrepris. De nombreuses réformes ont démontré la solidité du programme du chef de l'État.

54 ÉTATS : Djibouti affichait une belle croissance avant le début de la crise sanitaire, aux alentours de 8%.

Alexis Mohamed : Tout à fait. Tout cela grâce aux efforts consentis par le chef de l'État dans le cadre de notre développement économique.

D'après le dernier rapport de la Banque mondiale, malgré les effets de la pandémie, les perspectives économiques à moyen terme restent positives : la croissance devrait s'établir en moyenne à 7,1% en 2021. Un rapport repris par l'agence Ecofin. Djibouti se trouve en tête des pays qui connaitront une belle croissance en 2021.

La croissance devrait s'établir en moyenne à 7,1% en 2021

54 ÉTATS : Sur le plan géostratégique, Djibouti dispose de tous les atouts pour devenir une plateforme logistique et technologique. Sur quoi repose le programme "Vision 2035", porté par le gouvernement Djiboutien ?

Alexis Mohamed : Sur le plan économique, le gouvernement entreprendra les actions qui s'imposent pour diversifier son économie, notamment sur le plan de l'agriculture.

54 ÉTATS : L'activité tertiaire contribue à 79,3% de la richesse de Djibouti. L’agriculture a un poids infime (3,9%) et l’industrie tertiaire tourne aux alentours de 17%.

Alexis Mohamed : C'est une nécessité de diversifier notre économie, notamment pour atteindre les objectifs du millénaire tels que l'autosuffisance alimentaire ou encore l'accès aux soins de santé pour tous.

L'agriculture est une priorité, l'énergie est une priorité comme tous les autres secteurs tel que l'industrie pharmaceutique.

Nous voulons diversifier l'économie au-delà des services.

Nous optons pour une stratégie de mini-industrialisation

54 ÉTATS : Sur le plan du numérique, la Covid-19 et l'Afrique sont face aux solutions numériques. Où en est Djibouti avec l'implantation du large bande dans le pays ?

Alexis Mohamed : C'est assez embryonnaire ! Le continent africain est celui qui s'en tire le mieux. Le génie africain s'est développé. La Covid-19 sur le continent a impulsé la création de projets innovants multiples. De jeunes cerveaux djiboutiens ont mis en place des applications pour faciliter la vie des djiboutiens. Une application pour se faire livrer les courses par exemple.

54 ÉTATS : Êtes-vous en train de citer l'exemple d'autres pays, comme le Rwanda, et la start-up Zipline ou parlez-vous des cerveaux djiboutiens qui grâce à leurs start-up innovantes inssuflent une dynamique sur le plan des NTIC, sur le plan numérique ?

Alexis Mohamed : Aussi, c'est ce que je venais de détailler. Pour ce qui concerne Djibouti, nous connaissons l'émergence d'un génie djiboutien davantage mis en lumière par la crise sanitaire. C'est à nous, en tant qu'autorité de déployer les efforts d'accompagnement de ces projets innovants, relatif à la réussite de chaque projets.

Accompagner l'innovation entrepreuneuriale fait parti du programme : "Vision 2035".

54 ÉTATS : Avec 5 bases militaires d’armées étrangères, Djibouti, véritable "nid de puissances" au cœur d’une zone de tensions suscite autant de convoitises que de questionnements. Alexis Mohamed, pourriez-vous rappelez brièvement les avantages dont dispose Djibouti ?

Alexis Mohamed : Le seigneur ne nous a pas doté de pétrole mais nous a offert un emplacement géostratégique exceptionnel. Djibouti est la porte d'entrée africaine des nouvelles routes de la soie, projet initié par le président Chinois Xi Jipping.

Djibouti est idéalement situé sur la principale route maritime commerciale mondiale et constitue l'escale africaine de ce projet chinois d'infrastructures et de développement.

Djibouti diversifie son économie à travers ce projet là.

Beaucoup de partenaires influents veulent s'installer en République de Djibouti de part sa position géostratégique.

54 ÉTATS : Cette militarisation de Djibouti et de la région peut-elle conduire à des tensions ?

La République de Djibouti n'est pas militarisé !

Alexis Mohamed : La République de Djibouti n'est pas militarisé ! Nous avons accepté les invitations d'un certain nombre de partenaires, des forces internationales telles que les japonais, les américains, les européens, dans le cadre de la lutte contre la piraterie maritime. Les chinois sont également à Djibouti. Nous restons dans la réalité de certains besoins et la République de Djibouti n'ira pas au-delà. Notre superficie est de 23 000 km2 et nous n'aurions pas assez de place pour accueillir tout le monde. De plus, nous avons suffisamment de partenaires présents pour répondre à des objectifs différents. C'est ce qui nous garantis une sécurisation et une stabilité à la différence des autres pays de la région. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'IGAD s'est tenu à Djibouti. Ce sommet n'aurait pas pu avoir lieu dans d'autres pays de la Corne de l'Afrique.

54 ÉTATS : Quelle est la réalité de la présence chinoise à Djibouti ?

Alexis Mohamed : C'est exactement la même réalité que la présence des autres partenaires. Les gens se focalisent sur cette présence chinoise. La République de Djibouti n'a aucune relation d'exclusivité avec la Chine ou tout autre pays. La République de Djibouti reste très objective. Le Président Guelleh est partenaire de plusieurs puissances mais n'a aucune relation d'exclusivité.

54 ÉTATS : La France peut-elle encore jouer un rôle à Djibouti face à l’offensive de la Chine ?

La France est un pays ami

Alexis Mohamed : La France est un pays avec lequel nous entretenons des relations historiques. La France est un pays ami avec lequel nous partageons une culture et une langue commune. C'est à chacun de tirer son épingle du jeu. Nous ne devons pas nous focaliser sur la présence d'une seule force internationale.

54 ÉTATS : Depuis plusieurs mois, les tensions régionales se cristallisent autour de l’élection présidentielle somalienne prévu en février. Que pense le président Ismaël Guelleh du dossier épineux du Somaliland ?

Alexis Mohamed : Voilà des questions internes au Somaliland et à la Somalie. C'est à eux de trouver les solutions qui s'imposent pour régler leur conflit interne. C'est à eux d'énumérer les problématiques qu'ils ont mais le chef de l'État Ismaïl Omar Guelleh prône le dialogue pour régler les conflits.

Ismaïl Omar Guelleh prône le dialogue pour régler les conflits

C'est un président très écouté dans la région. Il est très consulté. Nos partenaires présents à Djibouti consultent très régulièrement le président Ismaïl Omar Guelleh et lui demandent conseil.

54 ÉTATS : Si l’ère Guelleh continue avec un 5ème mandat, y aura t-il un jour reconnaissance officielle de ce petit pays sécessionniste autoproclamé, depuis 1991 sachant que fin décembre le président djiboutien a reçu et accueilli durant une semaine entière, le président Somalilandais Musa Bihi Abdi et son ministre des Affaires étrangères Yacin Hadj Mahamoud.

C'est à chacun de régler ses problèmes !

Alexis Mohamed : Le président Ismaïl Omar Guelleh a toujours reçu les autorités somaliennes et somalilandaises. Vous anticipez là une réponse du président Guelleh sur ce point là. Actuellement, la question ne se pose pas. Nous verrons comment la situation évolue mais il n'y a pas de position à prendre. Je pense qu'il y a d'autres priorités dans la région et c'est à chacun de régler ses problèmes !

54 ÉTATS : Quel rôle joue le président Guelleh dans les différents conflits auxquels toute la région de la Corne de l’Afrique est en train de faire face, notamment l’Ethiopie qui est au bord de la guerre civile ?

Alexis Mohamed : Je ne sais pas si vous vous en souvenez, le président Ismaïl Omar Guelleh a été le tout premier à initier le dialogue entre les différents acteurs. Et cela sans attendre les Nations Unies.

La conférence d’Arta a servi à mettre sur pied le 1er gouvernement pour la Somalie en 1991

54 ÉTATS : Oui, le président Djiboutien, a initié le projet pour la paix et la réconciliation pour la Somalie. Et la conférence d’Arta a servi à mettre sur pied le 1er gouvernement pour la Somalie en 1991. C’était il y a déjà 20 ans.

Alexis Mohamed : C'était il y a 20 ans mais c'est un fait historique et il ne faut pas l'oublier ! Le président continue à se battre pour la stabilité de la Somalie et de l'ensemble de la région.

54 ÉTATS : Toujours, sur le plan régional, comment jaugez-vous la qualité des relations entre le président Erythréen Isaias Afwerki et le président Djiboutien ?

Djibouti est préservé par rapport aux autres conflits de la région

Djibouti est un pays stable et sécurisé. Nous prônons le dialogue.

Alexis Mohamed : Il n'y a pas de problème particulier entre les deux pays, à part la reconnaissance de l'intégrité territoriale. C'est une question sur laquelle le chef de l'État ne dérogera pas.

D'un point de vue idéologique ou politique, il n'y a pas de problème entre nos deux pays, comme d'ailleurs avec les autres pays.

Djibouti est préservé par rapport aux autres conflits de la région.

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction