Au Mali, Les  prochaines échéances électorales se tiendront en 2022, avant la fin de la période de transition. Mais, d’ores et…

L'Accord d'Alger a eu le mérite de faire cesser la belligérance

Entretien : Housseini Amion Guindo, président du Parti CODEM

Au Mali, les  prochaines échéances électorales se tiendront en 2022, avant la fin de la période de transition. D’ores et déjà, les partis politiques affûtent leurs armes, en remobilisant leurs bases à travers le pays. À un peu plus d’un an des élections, certains leaders politiques en quête d’ascension vers le Palais de Koulouba, sont déjà résolument tournés vers la conquête de l’électorat. Rencontre avec Housseini Amion Guindo dit Poulo, ancien candidat à l’élection présidentielle de 2013 et de 2018 et président du Parti Codem : Convergence pour le développement du Mali.

https://youtu.be/EfmAO4_oiwM

54 ÉTATS : Le Mali fait face à la grève des syndicats des Administrateurs Civils SYNAC, des travailleurs du Ministère de l’Administration Territoriale, des Travailleurs des collectivités territoriales et des Agences de Développement des Régions. Que se passe t-il ?

Housseini Amion Guindo : Bien avant le coup d'État, beaucoup de syndicats, notamment ceux des Enseignants, de l'Administration territoriale, et beaucoup d'autres, menaçaient d'aller en grève et c'est dans ces conditions que le coup d'État est intervenu. Après ce coup d'État, le Conseil national de transition (CNT) aurait dû rencontrer ces différentes parties du corps social pour un moratoire. Cela n'a pas été le cas. 

Le CNT s'est attaqué à la question de l'Éducation, à laquelle ils ont trouvé une solution pour sauver le restant de l'année scolaire. Au lieu de discuter avec les syndicats, ils les ont intimidé et c'est ce qui a engendré la radicalisation au niveau des syndicats.

54 ÉTATS : Que pensez-vous de la gestion du CNT et des 8 axes majeurs sur lesquels ils n'ont plus que 15 mois pour plancher ?

Housseini Amion Guindo : Le CNT pêche en légitimité. Le CNT est un organe représentatif des différents corps sociaux et politiques du pays. Malheureusement, personne ne se sent représenté. Tous les membres du CNT ont été choisi par le vice-président de la transition.

Ce qui est attendu du CNT, c'est de créer les bonnes conditions des élections et un climat de sécurité. Le CNT ne peut plus aller à des réformes en profondeur. Elles seraient immédiatement contestées par une frange de la population qui ne se sent pas représentée.

Le CNT ne peut plus aller à des réformes en profondeur

54 ÉTATS : Depuis plus de sept ans, l’armée française combat au Mali des bandes djihadistes qui contrôlaient le nord du pays en 2012. Et voici cinq ans qu’un accord issu d’une négociation à Alger avec une partie des groupes armés est censé ramener la sécurité dans la région avec l’appui de trois forces : les 12 000 casques bleus des Nations unies, les 5 100 hommes de la force offensive française « Barkhane », et la Force conjointe du G5 Sahel d’environ 5 000 soldats africains. Cependant, la situation n’a cessé d’empirer, l’insécurité s’étant même étendue à de nouveaux territoires. Mohamed Bazoum, du PNDS TARAYYA, le parti au pouvoir au Niger voisin affirme que l’Accord d’Alger a été  un échec et que la situation est pire aujourd’hui. Quel est votre avis ? Est-ce le résultat d’une inadéquation profonde entre les méthodes militaires et l’aide apportée ? La gouvernance locale est-elle en cause ? Ou est-ce l’accord lui-même qui pose problème ?

Housseini Amion Guindo : L'Accord d'Alger a eu le mérite de faire cesser la belligérance entre les groupes séparatistes et le gouvernement du Mali. Il faut saluer cet accord. Tous les mécanismes sont prévus dans l'Accord. L'insécurité au Mali provient des groupes terroristes islamistes. Malheureusement, nous avions espéré que pendant la transition, les militaires définiraient une nouvelle doctrine pour faire face à cela mais voilà qu'ils ont décidé de négocier avec les terroristes. Moralité, l'armée n'est plus combattante sur le terrain.

L'Accord d'Alger a eu le mérite de faire cesser la belligérance entre les groupes séparatistes et le gouvernement du Mali

54 ÉTATS : Le Gouvernement de transition s’est engagé à renouveler la dynamique de mise en œuvre de l’Accord d’Alger afin de soutenir la paix au Mali et dans la sous-région. Qu’en pensez-vous ?

Housseini Amion Guindo : Il y a beaucoup d'engagements pris par le CNT mais dans le déroulé des choses, à 100 jours de la fin de la période de transition, la priorité n'est plus donnée à cela. Aucune doctrine n'a été défini en matière de Défense et de Sécurité. Rien n'a été défini sur l'application de l'Accord de paix ou sur sa relecture. Le CNT devait s'appuyer sur les recommandations du dialogue national inclusif.

Le CNT ne s'est pas avancé sur le comportrement à tenir face au terrorisme qui sévit au Mali.

54 ÉTATS : Le défi sécuritaire est évidemment primordial, quelle est votre approche pour enrayer la menace terroriste ?

Housseini Amion Guindo : Il faudrait d'abord situer l'ennemi. Qui est l'ennemi à combattre ? Depuis l'Accord d'Alger, le Mali s'est mis à table avec les séparatistes et c'est une bonne chose. Les terroristes soumettent nos populations à la Charia pour les pousser à négocier directement avec eux.

Le terrorisme est transfrontalier dans la zone Sahel. Aucune doctrine nationale ne saurait prospérer sans prendre en compte les voisins. C'est pourquoi le G5 Sahel a été crée pour coordoner les actions face au terrorisme.

Les Burkinabés disent que leurs ancêtres leur ont appris à ne jamais courber l'échine face au terrorisme et à toujours se battre contre toutes adversités et nous au Mali, nous dialoguons avec les terroristes. Face à cette non-coordination, comment endiguer le terrorisme dans la zone Sahel ? Le Mali est utilisé comme base arrière pour attaquer le Burkina. Le Niger est utilisé comme base arrière pour attaquer le Mali, en clair, nos destins sont liés. Il est évident que du Niger des gens attaquent des villages au Mali. Les pays du Sahel subissent. Ces terroristes qui ne parlent aucune langue du Mali viennent bien de quelque part, il faut donc identifier l'ennemi.

54 ÉTATS : Vous êtes ancien ministre, président du Parti Codem, quelles sont les points forts du programme de votre parti ?

Housseini Amion Guindo : Nous voulons conquérir le pouvoir en rassemblant les maliens. Aucune stigmatisation ne pourra faire avancer le Mali. Il s'agit de rassembler les maliens autour des défis communs : sécurité, éducation, développement. Je prône un plan Marshall pour nos populations rurales comme dans le sud, avec la zone cotonnière. Les revenus y ont chuté. La production cotonnière est à l'arrêt, passant de 700 000 tonnes à 200 000 tonnes. Les huileries sont fermées. L'aliment bétail a disparu. C'est navrant.

Les terroristes proposent ce que l'État ne propose pas. C'est l'économie criminelle.

Pour endiguer la menace terroriste, le Codem propose un plan Marshall pour sortir nos populations de l'influence terroriste.

Le Codem propose un plan Marshall pour sortir nos populations de l'influence terroriste

54 ÉTATS : Les prochaines échéances électorales se tiendront en 2022, serez-vous candidat avec la Codem ?

Housseini Amion Guindo : Nous comptabilisons 15 ans de politique sur lesquels nous avons été candidat à deux reprises pour les élections présidentielle et législative. À ces deux élections, nous avons été dans les cinq premiers. En 2018, nous nous sommes présentés contre le président sortant. La Codem est le plus représentatif sur le plan national.

De plus, la Codem est membre de la plateforme Espérance Nouvelle qui regroupe une vingtaine de partis politiques, 5 ONG et une quarantaine d'associations. Notre but est de veiller sur la bonne marche de la transition et d'organiser notre candidature unique pour l'échéance de 2022.

Notre but est de veiller sur la bonne marche de la transition et d'organiser notre candidature unique pour l'échéance de 2022

54 ÉTATS : Pourquoi, après cette période de transition les Maliens devrait songer à voter pour vous ?

Housseini Amion Guindo : Je suis un malien d'en bas. En 2013, RFI me qualifait de candidat de la brousse. Aujourd'hui, c'est cette brousse, cette ruralité dans notre pays qui est en proie à l'insécurité, au terrorisme, à la paupérisation, à l'éloignement de l'État, au manque de confiance vis-à-vis des gouvernants.

54 ÉTATS : Avez-vous débuté une mini-campagne comme d'autres candidats ?

Housseini Amion Guindo : Je suis un produit des zones rurales. J'ai étudié dans les pires conditions. J'ai marché 8 km tous les jours pour aller à l'école. J'ai perdu tous mes frères en une semaine sans même connaitre la raison de leur mort, faute de centres de soins aux alentours. Le premier centre médical se situait à 80 km ralliable deux jours de route. Avec mon diplôme, j'ai lutté pour obtenir un emploi au Mali donc je connais le problème du chômage. Je n'ai étudié qu'au Mali donc je connais la réalité de mon pays mieux que ceux qui sont allés étudier à Harvard ou à la Sorbonne pour comprendre les problèmes de notre nation. Nous avons été victime avec nos parents de la déliquescence de l'État. Je ne suis pas de ceux qui ont la prétention de diriger notre pays sans même savoir de quel village ils viennent. Comment peuvent-ils prétendre ramener la confiance entre gouvernants et gouvernés ? Je n'ai pas besoin d'aller me promener dans les villages pour chercher à savoir ce qui s'y passe. C'est notre quotidien.

Mes enfants sont inscrits dans les écoles publics de Sikasso et pourtant, je suis un acteur de la sphère privé, je ne suis pas un salarié. J'ai été député pendant deux mandats. J'ai été ministre pendant quatre ans mais j'ai fait le choix que mes enfants soient inscrits dans des écoles publics de l'intérieur du pays. C'est fort de ce quotidien partagé avec la population que nous comptons sur leur confiance.

 

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction