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Afrique du Sud

Portrait : Miriam Makeba, une grande voix contre l'apartheid

Avec le titre mythique “Pata Pata”, Miriam Makeba a eu une incroyable carrière mais bien plus qu'une chanteuse internationale, elle représente le peuple noir dans le monde et la lutte politique l'anime autant que la scène. Son engagement lui vaut le surnom de Mama Africa. Portrait. 

Sa naissance et sa mort racontent la singularité de sa trajectoire. Le 4 mars 1932, dans un township de Johannesburg, quand sa mère sent que les contractions se rapprochent, elle est seule. Elle coupe elle-même le cordon avant de s’évanouir en voyant sa fille inanimée, mais les deux femmes vont s’accrocher à la vie. Sacré trajectoire où la survie devient un leitmotiv !

Peu de temps après sa naissance, Miriam Makeba voit sa mère envoyée en prison pour six mois : elle fabriquait illégalement de la bière pour nourrir sa famille. Miriam, surnommée Zenzi (diminutif d’Uzenzile, « tu ne dois t’en prendre qu’à toi-même »), rejoint sa mère et passe donc les premiers mois de sa vie en détention. 

Au début de l'apartheid, elle est encore adolescente. Miriam qui a appris à chanter dans une chorale protestante choisit de l'art pour dénoncer, puis rapidement, elle se lance dans une carrière musicale. Elle a à peine 20 ans. Bien que jeune, l'artiste est déjà maman d’une petite fille de 3 ans, a réchappé d’un cancer du sein, et a divorcé de son premier mari violent qui l'a trompe avec sa soeur.

« Première star africaine internationale »

C’est en Afrique du Sud, en 1956 ou en 1959 selon les sources, que le titre Pata Pata est une première fois enregistré avec The Skylarks, son groupe féminin aux influences "pop, jazz et Gospel". Le groupe rencontre un fort succès mais Pata Pata n’accède pas encore à une reconnaissance internationale. Ce n'est qu'en 1967, soit dix ans après sa création, que la chanson Pata Pata, réenregistrée aux États-Unis, sort de nouveau sur un album éponyme, sur le label Reprise Records. Miriam Makeba a repris le titre en s’associant au compositeur américain à succès Jordan « Jerry » Ragovoy, à l’origine de plusieurs tubes soul. La reprise inclut des explications délivrées en "parler-chanter" et en anglais par l’artiste, mais il a surtout gagné en puissance. Cette fois-ci, "Pata Pata" jouira d'un succès planétaire immédiatement repris par nombre d’interprètes en Espagne, en Italie, et en Finlande. Miriam Makeba devient la « première star africaine internationale ». Elle se liera d'amitié avec des artistes comme Nina Simone tout en rêvant d’une Afrique unie et solidaire. Sa musique lui permet de militer de manière infatigable contre l’apartheid en Afrique du Sud et la ségrégation aux États-Unis. Nelson Mandela lui-même la qualifie de « mère de nos combats et de notre jeune nation ».

30 ans loin des siens

C'est à cause d'un rôle dans le film anti-apartheid Come Back, Africa, du réalisateur américain Lionel Rogosin, et sa présentation au festival de Venise en 1959, où il sera récompensé, que Miriam Makeba est contrainte à 30 ans d'exil. Déchue de sa nationalité, la chanteuse ne peut retourner au pays, même pas pour y enterrer sa mère décédée en 1960.

L’engagement militant de Makeba met bientôt un coup d’arrêt brutal à sa carrière nationale. Un rôle dans le film anti-apartheid Come Back, Africa, du réalisateur américain Lionel Rogosin, et sa présentation au festival de Venise en 1959, où il sera récompensé, la contraint à un exil qui durera plus de trente ans. Déchue de sa nationalité, la chanteuse ne peut retourner au pays, même pour enterrer sa mère en 1960… Ce qui ne fait que renforcer sa rage et son engagement.

La lionne est morte un soir de concert 

Miriam Makeba

Castel Volturno, ville de bord de mer près de Naples, restera le théâtre du dernier concert de la chanteuse sud-africaine, icône de l’émancipation d’un continent. Organisé sur les terres de la Mafia, ce concert en soutien à Roberto Saviano – traqué par la Camorra depuis la sortie de son livre Gomorra – clos brutalement la page d’une carrière longue de plus de 50 ans.

Accompagnée de sept musiciens, celle que la planète entière surnomme affectueusement Mama Africa monte une dernière fois sur scène devant un millier de spectateurs. Ultime artiste à jouer, elle donne à n’en pas douter le clou du spectacle. Durant le rappel enthousiaste du public, Miriam Makeba est victime d’un malaise. Rapidement transportée à la clinique Pineta Grande de la ville, elle décède peu de temps après d’une crise cardiaque, à l’âge de 76 ans. Kgalema Motlanthe, à l’époque président de l'Afrique du Sud, décrète dès l’annonce du décès un deuil national, avec drapeaux en berne et livres de condoléances mis à la disposition de la population.

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction